The Chef : le Cauchemar en cuisine des Britanniques

Le réalisateur anglais Philip Barantini a concocté un film cinglant pour révéler la solitude et la pression subie dans le monde de la restauration.



Sous tension. La bande annonce nous avait prévenus : « Chaque seconde, tout peut basculer… ». Tourné en un seul plan de 1h34, le cinéaste n’épargne aucune pression aux spectateurs. Et pour cause, Philip Barantini connaît bien les toques des chefs, car il a travaillé pendant plus de 12 ans derrière leurs fourneaux. Le quotidien rythmé par le stress, la gestion parfois chaotique du personnel et les soirées surchargées, il les connaît bien. Il en a d’ailleurs fait le sujet de son premier court métrage Boiling Point en 2019.

Derrière sa caméra, le réalisateur chorégraphie une véritable prouesse technique. Trente-sept acteurs et plus de cent figurants pour un enchaînement finalisé en seulement quatre prises ! Du tout cuit pour Philip Barantini qui ne délaisse pas le fond pour la forme. Galvanisée par une énergie étouffante, la réalisation met en avant le point de non-retour des personnages, qui ne sont ni plus ni moins nos souffrances devenues ordinaires. Alors, comme l’induit le titre du film, « The Chef » narre l’histoire d’Andy Jones et de sa brigade. Le cinéaste nous emmène au cœur d’un restaurant gastronomique londonien en pleine dérive. L’organisation plus que douteuse du 5 étoiles pose le cadre. À l’occasion du « Magic Friday », le vendredi précédant Noël, les réservations dépassent les capacités d’accueil du restaurant, les commandes alimentaires sont insuffisantes et une partie du personnel manque à l’appel. Mais le spectateur n’est pas au bout de ses peines, car les problèmes vont s’accumuler pour le chef étoilé.

Caméra à l’épaule, atmosphère tamisée et douce musique d’ambiance viendront alourdir la tension palpable dans chacun des protagonistes. Alors si pour certains, l’accumulation des péripéties vient surcharger le but premier du film, elle a néanmoins pour effet de nous faire pleinement ressentir les violences que peuvent subir les restaurateurs, serveurs et cuisiniers. Face à une clientèle toujours plus exigeante, un contrôle de qualité ou une terrifiante crise d’allergie, la marmite déborde. De façon croissante, les sujets évoqués sont de plus en plus forts, allant de la drogue, à l’alcoolisme jusqu’aux pensées suicidaires. Parfois survolés, ces méandres font l’état d’un cauchemar vécu dans notre société contemporaine.

Acclamé par la critique, The Chef a remporté 4 prix au British Independent Film Awards le 5 décembre 2021. Le long-métrage a notamment été récompensé pour son casting incroyable. Le personnage principal interprété par Stephen Graham, apparu dans Venom : Let There Be Carnage et ayant joué dans plusieurs séries comme Time et Peaky Blinders, a réalisé une performance remarquable. Il n’est pas le seul à réussir le pari du plan séquence, Vinette Robinson, actrice dans les séries Doctor Who, Sherlock ou Black Mirror incarne ici le rôle du sous-chef et a d’ailleurs reçu le prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation. Finalement, le long métrage a aussi été primé pour sa photographie et le son. Voici donc toutes les bonnes raisons d’aller voir ce que nous sert Philip Barantini : un sujet fort, un thriller relevé et le tout produit avec brio !

Fanny David

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